Page:Barbusse - Le Feu : journal d’une escouade.djvu/372

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enraciné comme une espèce de germe, tout de même, on commence à comprendre pourquoi il fallait marcher.

— Tout de même, marmotta à son tour le chasseur, qui s’était accroupi, y en a qui se battent avec une autre idée que ça dans la tête. J’en ai vu, des jeunes, qui s’foutaient pas mal des idées humanitaires. L’important pour eux, c’est la question nationale, pas aut’chose, et la guerre une affaire de patries : chacun fait reluire la sienne, voilà tout. I’s s’battaient, ceux-là, et i’s s’battaient bien.

— I’s sont jeunes, ces petits gars qu’tu dis. I’s sont jeunes. Faut pardonner.

— On peut bien faire sans savoir bien c’qu’on fait.

— C’est vrai qu’les hommes sont fous ! Ça, on l’dira jamais assez !

— Les chauvins, c’est d’la vermine…, ronchonna une ombre.

Ils répétèrent plusieurs fois, comme pour se guider à tâtons :

— Faut tuer la guerre. La guerre, elle !

L’un de nous, celui qui ne bougeait pas la tête, dans l’armature de ses épaules, s’entêta dans son idée :

— Tout ça, c’est des boniments. Qu’est-ce que ça fait qu’on pense ça ou ça ! Faut être vainqueurs, voilà tout.

Mais les autres avaient commencé à chercher. Ils voulaient savoir et voir plus loin que le temps présent. Ils palpitaient, essayant d’enfanter en eux-mêmes une lumière de sagesse et de volonté. Des convictions éparses tourbillonnaient dans leurs têtes et il leur sortait des lèvres des fragments confus de croyances.

— Bien sûr… Oui… Mais faut voir les choses… Mon vieux, faut toujours voir le résultat.

— L’résultat ! Être vainqueurs dans cette guerre, se buta l’homme-borne, c’est pas un résultat ?

Ils furent deux à la fois qui répondirent :

— Non !