Page:Barbusse - Le Feu : journal d’une escouade.djvu/46

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— C’est des journalistes, dit Tirette.

— Des journalistes ?

— Ben oui, les sidis qui pondent les journaux. T’as pas l’air de saisir, s’pèce d’chinoique : les journaux, i’ faut bien des gars pour les écrire.

— Alors, c’est eux qui nous bourrent le crâne ? fait Marthereau.

Barque prend une voix de fausset et récite en faisant semblant de tenir un papier devant son nez :

— « Le kronprinz est fou, après avoir été tué au commencement de la campagne, et, en attendant, il a toutes les maladies qu’on veut. Guillaume va mourir ce soir et remourir demain. Les Allemands n’ont plus de munitions, becquètent du bois ; ils ne peuvent plus tenir, d’après les calculs les plus autorisés, que jusqu’à la fin de la semaine. On les aura quand on voudra, l’arme à la bretelle. Si on attend quèq’jours encore, c’est que nous n’avons pas envie d’quitter l’existence des tranchées ; on y est si bien, avec l’eau, le gaz, les douches à tous les étages. Le seul inconvénient, c’est qu’il y fait un peu trop chaud l’hiver… Quant aux Autrichiens, y a longtemps qu’euss i’ s n’tiennent plus : i’ font semblant… » V’là quinze mois que c’est comme ça et que l’directeur dit à ses scribes : « Eh ! les poteaux, j’tez-en un coup, tâchez moyen de m’décrotter ça en cinq sec et de l’délayer sur la longueur de ces quatre sacrées feuilles blanches qu’on a à salir. »

— Eh oui ! dit Fouillade.

— Ben quoi, caporal, tu rigoles, c’est pas vrai, c’qu’on dit ?

— Y a un peu de vrai, mais vous abîmez, les petits gars, et vous seriez bien les premiers à en faire une tirelire s’il fallait que vous vous passiez de journaux… Oui, quand passe le marchand de journaux, pourquoi que vous êtes tous à crier : « Moi ! moi ! »

— Et pis, qu’est-ce que ça peut bien te faire tout ça ! s’écrie le père Blaire. T’es là à en faire une tinette sur