Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/104

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du Voyant, par lequel le prêtre se sentait subjugué. Placés ainsi vis-à-vis l’un de l’autre, ils représentaient à cette minute les deux types éternels du révolutionnaire et de l’hérétique : l’un, Baillard, homme de passion et d’entreprise, ayant besoin de certitudes extérieures pour y accrocher un fanatisme qui, chez lui, était surtout un tempérament ; l’autre, véritable maniaque, possédé par l’abstrait, par l’idée au point qu’il la projetait dans l’espace, qu’il la voyait. Et comme il arrive toujours, c’était la volonté la plus fanatique qui allait dominer l’autre.

— Mais, dit Baillant, croyez-vous que ce soit mon évêque qui m’a envoyé ici ?

— Ah ! Léopold, s’écria Vintras, il y a longtemps que l’Esprit et moi, nous t’attendions. Tu as dis le mot libérateur. Maintenant, tu vois enfin… tu vois… tu vois.

Il le répéta trois fois, et chacun de ces trois cris, prononcés avec une exaltation grandissante, inonda le cœur de Léopold d’un flot de sang plus chaud. C’était comme si le caractère auguste de sa personnalité lui était soudain révélé. Un roi croyant, sur les marches de l’autel, à Reims, quand l’huile sainte touchait son front, devait éprouver cette sensation : Léopold se sentait soudain sacré.