Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/110

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Tout le monde se rapprocha. Quirin et François, l’ayant lue à voix basse, firent de grands éclats de rire méprisants. Puis ils commencèrent à relire tout haut, avec dérision, ces feuillets enthousiastes où Léopold leur racontait au milieu de quels prodiges il vivait. En vérité, il choisissait bien son temps pour faire de la mystique ! Sœur Thérèse qui les écoutait ne put se contenir. Dans le jardin rempli d’ombres, elle éclata en reproches véhéments. Que trouvaient-ils d’impossible aux faveurs prodigieuses que Dieu accordait à leur frère ? Elle-même, elle avait été favorisée d’un miracle, et c’était lui faire une offense personnelle que de tenir en suspicion des faits merveilleux.

Mais bientôt, sur de nouvelles lettres, François et Quirin changèrent insensiblement d’attitude. Ils les lisaient et relisaient durant des heures, sous les tilleuls de la terrasse, et si l’on s’approchait, ils se taisaient. Un beau matin, ils annoncèrent qu’ils partaient pour Tilly. Peu après, ce fut le tour de sœur Thérèse qui, mandée par eux trois, s’en alla prendre la diligence à Nancy.

Tous les vœux de la petite contrée les accompagnèrent, bien que l’on ne sût pas au juste ce qu’ils allaient chercher si loin. On