Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/114

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au nom des sœurs, et de plus rien n’est payé. Tout ici appartient à la prêteuse, une prêteuse pas commode, mademoiselle L’Huillier, vous savez bien, La Noire Marie, de Gugney.

Oui, M. Haye savait tout cela aussi bien que le bonhomme, mais il écoutait avec déplaisir ce bavardage où perçait une secrète envie. Et posant sa lourde main sur les frêles épaules de son interlocuteur :

— Monsieur Morizot, dit-il pour couper au court, une seule chose est vraie, et vous avez trop de bon sens pour ne pas le voir : c’est l’intérêt de tout le pays que monsieur le Supérieur rétablisse ses affaires.

À cette minute, Bibi Cholion accourut au jardin annoncer qu’on distinguait dans la plaine la voiture. Il fallait encore une bonne demi-heure avant qu’elle atteignit le plateau. Les gamins et, à leur tête, une fillette d’une douzaine d’années, Thérèse Beausson, se portèrent à sa rencontre au bas de la côte. Et toutes les personnes d’âge se groupèrent devant le couvent, sous les tilleuls, pour recevoir les voyageurs chez eux et leur faire ainsi plus d’honneur. Dans leurs costumes du dimanche et avec leurs attitudes compassées, ces clients et amis avaient un peu l’air de ces groupes qui, sur le seuil de l’église, attendent