Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/129

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Lorsque ces magiques syllabes, chargées d’une si riche émotion, se mêlaient au souffle harmonieux de la miraculée, il semblait qu’il subît une incantation.

Dehors, sous la nuit, règnent la défiance, l’hostilité, et aux quatre coins du plateau s’étend le beau domaine perdu qui trouble en Léopold l’homme de désir. Mais comme une action de grâce, le chant de Thérèse éclate pour annoncer à la sainte colline l’intervention mystérieuse du ciel. L’univers en est modifié. Une Saga du Nord raconte qu’une devineresse chantait à midi l’air de la nuit, et si loin que son chant portait, les ténèbres s’établissaient. Ainsi de Thérèse : tant qu’elle chante et si loin que va son chant, Léopold est Pontife et Roi.

Quand la religieuse, épuisée, se tut, Léopold rouvrant les yeux se leva et dit avec un accent profond :

— Mes chers frères et mes chères sœurs, allons remercier la Vierge.

Son cœur déborde d’amour. A Tilly, dans un éclair, il vient de recevoir toute fulgurante la réponse à la terrible question qui depuis des mois se posait devant lui et qu’il n’osait même pas se formuler nettement : « Pour quelle tâche désormais puis-je vivre ? Que construirai-