Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/143

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delà des buissons des pentes, allaient au loin retomber comme des semences invisibles.

Tandis que Léopold exhale ses appels au surnaturel, toute la nature semble remise à sa place, silencieuse, immobile, pensive. Au loin se tait la grande plaine paisible. Elle a envoyé ses délégués sur le plateau. Ils écoutent avec patience et ne s’étonnent point qu’un prêtre soit obscur. Parfois une note étrange passe comme un éclair dans les profondeurs de ce discours et leur révèle de sa rapide lueur des formes bizarres ; ils lèvent les yeux comme un troupeau devant le train qui passe. Trop tard. La machine a disparu dans la nuit. Messieurs les Ecclésiastiques, eux, ne comprennent que trop ; ils donnent des signes visibles d’inquiétude et puis de désapprobation. Ils s’agitent, se penchent les uns sur les autres, se murmurent des mots à l’oreille. Thérèse ne les quitte pas des yeux ; elle suit avec anxiété leur mécontentement qui grandit avec le déroulement du discours. Elle rougit, pâlit, s’attriste et s’indigne que l’on puisse échapper à l’action de Léopold. Sur les bancs occupés par les femmes, l’effet est puissant ; les dévotes sont au ciel. À ces zélatrices s’associent de confiance une clientèle