Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/158

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logues où François tenait le rôle d’un prince de l’Église, — il ne demandait pas mieux que l’on reconnût l’évêque de Nancy, — accablé par le réquisitoire vintrasien de Léopold. On riait du grand François ; on applaudissait Léopold.

Celui-ci avait pris à Tilly, comme par une sorte de contagion, le système de se livrer aux flots de ses paroles. Souvent il semblait le jouet de son inspiration. Puis au retour de ces élancements dans les régions qui s’étendent par delà les limites de notre esprit, il parlait du ton le plus plat. Ses discours, plus qu’à demi incompréhensibles, du moins n’étaient pas des soporifiques, des marmottements confus comme il pouvait y en avoir à la même heure dans les églises de la plaine. Il en sortait une voix vivante, d’un positif déconcertant. Ah ! c’était simple. Du milieu de ses obscures redondances, assez pareilles aux orchestrations d’un charlatan de foire, il terrifiait son monde en prédisant la grande catastrophe finale, puis il le rassurait en offrant de donner après l’office, dans la sacristie, un mot de passe qui garantirait le salut.

Ces ardeurs insensées touchaient beaucoup les femmes. Elles venaient, chaque dimanche, plus nombreuses. Léopold attendait beaucoup