Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/159

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d’elles pour la propagation de ses vues sur le règne du cœur. Aussi ne négligeait-il rien pour leur plaire, et par exemple, il aimait à répéter que l’excès de leur amour de Dieu leur a causé, dans la suite des temps, une palpitation si violente que plusieurs de leurs côtes ont changé de place pour donner de l’espace à leurs cœurs, formant ainsi sur leurs poitrines une douce éminence.

En l’écoutant, elles rêvaient. Cet apôtre extravagant de l’Esprit-Saint ouvrait à ces paysannes, médusées d’étonnement, les royaumes du romanesque. Beaucoup s’émouvaient. Quirin qui les surveillait en prenait bonne note. M. le Supérieur gardait toujours un certain Noli me tangere ; il ne descendait guère les gradins de l’autel, mais les deux cadets, eux, à la sortie de la messe, se multipliaient en conversations sur le parvis et jusqu’au milieu des labours du plateau. Qu’est-ce que sous risquez ? disaient-ils. Ils ramenaient ceux-ci et ceux-là dans la sacristie. Léopold s’y tenait en permanence, ayant à ses côtés sœur Thérèse. On s’asseyait comme dans une maison de village. C’était encore une église, mais plus familière que l’autre. Très vite, la causerie tournait à la confession, et Thérèse s’éloignait, s’occupait des