Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/167

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


spéciale. D’où une certaine éminence de la religieuse sacristine. Mais Léopold, avec une audace dont elles défaillent de reconnaissance, leur fait monter les marches de l’autel. Ce prêtre chaste, et chez qui les forces physiques et les puissances de foi étaient intactes, devait nécessairement faire des prêtresses. Sa profonde raison, inconnue de lui-même, quand il prête un tel rôle à de pauvres religieuses, hier encore de simples paysannes, c’est qu’aujourd’hui, au lieu de chercher sa loi dans l’Église, il va la chercher en lui-même, et que tout homme, à mesure qu’il donne une place à l’inspiration dans la conduite de sa vie, est amené à honorer davantage la femme, à croire qu’elle pénètre par ses intuitions dans l’au-delà et que illuminée par l’électricité de son cœur, elle déchiffre le livre divin.

Les jours d’un novembre lorrain, son ciel abaissé, son horizon rétréci composent l’atmosphère la plus favorable à l’épanouissement des puissances religieuses de l’âme. La pluie, le grand vent qui nous enferment entre quatre murs nous obligent, pour peu que nous en soyons capables, à écouter les palpitations de notre vie. Tout ce qui reposait dans l’âme de Léopold se réveillait, se déployait, jetait ses lumières. Il écoutait les