Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/168

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irrésistibles tendances de son cœur et disait : « Ce sont là des prophéties pareilles à celles de Vintras. Aussi vrai que je suis l’effet des désirs de mon père et de ma mère, et la couronne de leurs espérances, mes aspirations sont vraies. Ce que ma nature réclame et que ma prière sincère sollicite me sera nécessairement donné. » Dans sa jeunesse et hier encore, en battant tous les chemins de l’Europe, il avait diminué son être ; il s’était senti jour par jour refroidi, gêné, peut-être dégradé. À courir le monde et surtout à lutter contre l’évêque, il avait failli perdre sa véritable nature. Maintenant rendu à lui-même, il va se réaliser, épanouir les pensées déposées dans son cœur par les générations qui l’ont précédé, et, dans ce début de novembre consacré aux trépassés, son esprit s’oriente avec plus de force qu’aucune autre année vers le souvenir de ses parents pour y trouver un appui.

Le jour des morts, Léopold s’en alla s’agenouiller au cimetière de Borville. Ni François, ni Quirin, appelés au loin pour découvrir des sources, ne l’accompagnaient. Cette longue route, il la fit seul, à pied, sous un ciel bleu, divin de douceur, par le soleil le plus enchanteur, au milieu de ces vieilles campagnes