Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/181

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dans la sacristie et dans le chœur par un corridor intérieur ; ils détiennent les clefs des troncs, les clefs du clocher où ils sonnent l’angelus et les clefs de l’église (qu’ils ouvrent le matin, qu’ils ferment le soir et qu’ils balayent) ; enfin ils ont en leur possession tous les ornements et même des objets sacrés, tels que le fer à hostie. Bref, ils demeurent les gardiens, les véritables maîtres du sanctuaire dont l’évêque les a déclarés indignes.

Quant au jeune Oblat, considéré comme un intrus par ceux-là même qui sont le plus attachés à leurs devoirs religieux, il va habiter en bas, à Saxon, dans une misérable auberge, distante d’un quart de lieue, d’où chaque matin il grimpera la côte sous le vent, la pluie, la neige d’un rigoureux hiver, pour aller dire la messe dans son église qui, plutôt que la sienne, demeure l’église des schismatiques.

Qu’ils semblent forts sur la montagne où depuis trente ans ils travaillent, les trois frères Baillard ! Mais derrière le pauvre isolé de Saxon, il y a la puissance de son ordre, il y a toutes les réserves de l’Église, dont les files profondes s’étendent à perte de vue jusqu’au Vatican. « Je suis Romain. » En ces trois mots, tiennent sa force, son droit et