Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/222

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nous y sommes ! Là, Satan s’est trahi. C’est lui qui par l’intermédiaire de Vintras a imaginé cette petite croix de grâce, une croix sans Christ, notez-le bien, Monsieur le Curé, pour remplacer notre crucifix… Comment ne pas reconnaître là son rêve éternel de se substituer à Dieu !

— Je vous le disais ce matin, Monsieur l’Abbé. Tout ce que je vois depuis des semaines me prouve que Satan veut reprendre possession de notre montagne sainte.

— De votre montagne et de vos âmes. Prenez garde ! Vous personnellement, mon bien cher monsieur Aubry, vous êtes le plus exposé. Satan veut chasser le Christ du sanctuaire ; il veut aussi le chasser des consciences, surtout des consciences de prêtres. Pour cela, tous les moyens lui sont bons.

Et indéfiniment, les deux ecclésiastiques poursuivirent ainsi leur dialogue, le père Aubry racontant d’une façon saisissante tout ce qu’il avait vu à Sion, et l’abbé Florentin confrontant ces témoignages avec ce qu’il avait lu dans les livres. Tous deux se riaient de la pauvreté d’invention du Diable, car enfin, disaient-ils, ce qui se passe là-haut, c’est ce qu’on a vu dans tous les pays, à toutes les époques. Mais ils admiraient que le Malin