Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/225

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la ronde satanique menée sur la colline, dans les brouillards de l’hiver, par les trois prêtres et leurs religieuses échevelées. Dans chaque village, le prône retentit de saintes imprécations : « Satan impose ses prestiges à vingt pas de Notre-Dame de Sion. C’est autel contre autel et chaire de pestilence en face de chaire de vérité. Le serpent se dresse au parvis où la Vierge lui écrase la tête… Mais que les fidèles se rassurent. Rome va parler. »

Un dimanche, l’Oblat monte en chaire avec une solennité inaccoutumée. Il tient en main le bref pontifical qui excommunie les Baillard. Les trois frères étaient là, debout comme d’habitude au fond de l’église, drapés dans leurs grands manteaux noirs : Léopold, immobile et souverain ; François, gouailleur ; Quirin, ses lunettes sur le nez et qui grommelait d’une manière continue. À plusieurs reprises, élevant la voix, il prétendit, avec un prodigieux sang-froid de pédant, que l’Oblat faisait des contresens de traduction. Cette suspicion jetée sur la science de leur pasteur indigna les assistants, et le cordonnier Joseph Colin se levant de son banc interpella le Pontife de Prudence :

— Taisez-vous donc, malappris, vous empêchez de comprendre le prédicateur.