Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/229

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fut quand ils brisèrent les palissades élevées par les Baillard sur l’emplacement des anciennes promenades de la Vierge. Les nombreux pèlerins qui étaient montés à Sion ce jour-là applaudirent. Marie était enfin rétablie dans ses droits de propriété ! Et les enfants, de plus en plus excités par leur victoire, entonnèrent sous les fenêtres des schismatiques, une manière de chant de triomphe. C’était, sur l’air de Maître Corbeau, une chanson satirique œuvre de monsieur Marquis, curé de Vandœuvre, qui courait depuis quelques jours le pays :

Venez, petits et grands ! Que tout homme s’empresse.
Pour contempler trois sots qui vendent la sagesse.
Après avoir vendu les reliques des saints,
Ils changent d’industrie et se font magiciens.

Il y avait quatorze couplets de ce ton. Les assiégés ne purent les supporter jusqu’au bout. Après un rapide conseil de guerre, Quirin fut délégué vers le vicaire de Vézelise.

— Prenez garde, Monsieur, lui dit-il, vous avez pénétré par bris et effraction dans une propriété privée.

— Pas de grands mots, monsieur Quirin, lui répondit le vicaire avec une bonhomie méprisante ; on ne veut pas vous manger.

Pourtant il sonna la retraite.