Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/251

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sœurs au milieu de leurs derniers préparatifs. Sœur Lazarine prit dans ses bras le petit Jésus de la chapelle, si charmant avec son visage de cire et sa perruque d’étoupe ; sœur Euphrasie, la rôtissoire, et sœur Marthe deux pots de beurre fondu. Mais M. Libonorn avait posté à toutes les issues des sentinelles armées de sabres, qui se mirent à courir après les pauvres religieuses. Sœur Euphrasie eut une illumination. Sur le point d’être prise, elle sacrifia la rôtissoire qui, tintinnabulant sur la pente avec un bruit de ferraille, fit trébucher celui des estafiers qui les serrait de plus près. Le Jésus de cire et les pots de beurre furent sauvés. Ce fut la dernière victoire. Les Enfants du Carmel ne purent plus emporter que les lits, et précipitamment. On les poussait, l’épée dans les reins.

Dehors, la foule s’amassait. Les Baillard n’étaient pas sortis de leurs chambres que déjà les hommes de Mademoiselle Lhuillier, impoliment, s’y installaient. François réclamait ses pincettes, sa pelle à feu et son soufflet ; Euphrasie sollicitait de la paille pour la litière de la vache ; les autres sœurs cherchaient à emporter deux corbeilles de pommes de terre qui restaient encore à la cave ; Léopold ne se préoccupa que de soins spirituels.