Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/258

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paysanne vient d’être cruelle, une fois de plus, et de méconnaître le mystère de Léopold Baillard. Léopold présentait un mélange de platitude et d’extravagance, mais en lui le passé était plein de vitalité. En lui, comme des plus vieilles couches de la sensibilité et du tuf éternel de l’homme, jaillissent des sources quasi taries. Cette poésie des éléments primitifs de la race ne pouvait pas résister à une force également primitive et plus vigoureuse, à l’ironie éternelle de ces villages. Quelque chose d’antique vient d’être tué par quelque chose d’antique et de plus fort. Il n’y eut personne autour de Sion d’assez complet pour comprendre le danger de ce grand duel, pour en éprouver l’ingratitude, pour en voir le sacrilège. Les meilleurs étaient dans la joie.

Sous cette meurtrière ironie, la petite maison de Marie-Anne Sellier restait les volets clos, émouvante de silence et de tristesse. À l’intérieur même, rien ne bougeait ; les Enfants du Carmel récitaient leurs pieuses litanies dans la cuisine transformée en chapelle, et, chaque demi-heure, le Pontife de l’Adoration bénissait à travers les murs ses persécuteurs.

Le huitième jour, dès l’aube, Thérèse et