Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/274

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de voir enfin le canton délivré d’intrigants effrontés, qui faisaient des dupes et jetaient la division dans les familles.

En arrivant à la prison, François trouva une blouse que le juge de paix, par respect pour la soutane, lui faisait parvenir. Mais il demanda vainement qu’on le mit dans un cachot encore inoccupé. On le poussa avec un autre détenu, auquel il abandonna la paille hachée et la couverte.

À cette même heure, à dix heures du soir, à Saxon, la porte de derrière de la maison Mayeur s’ouvrait sur le jardin. Un homme apparut sur le seuil, et, après avoir observé quelques instants la campagne silencieuse, s’enfonça dans la direction de Vaudémont. C’était Léopold Baillard, vêtu de pauvres vêtements laïques et portant au bout d’un bâton, sur son épaule, un maigre ballot noué dans une serviette. On eût dit le conscrit classique, mais le conscrit sans la jeunesse. Évitant les sentiers ordinaires, le fugitif traversa les chènevières, les prairies, les fonds humides dont l’habitude lui avait rendu les détours familiers. Il se dirigeait en grande hâte, avec des mouvements de terreur, vers le pays de Langres. Comme il passait au pied de la côte de Vaudémont, la lune, sortant