Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/278

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par l’ingratitude des paysans n’abandonnât pas son trône de Sion.

La tradition raconte que quelques-uns de ceux qui, le matin, s’étaient acharnés sur François, avaient guetté Léopold, qu’ils l’avaient vu s’enfuir et s’abriter dans les ruines du château et, que n’osant pas l’arrêter, ils coururent avertir la cure. On décida qu’il n’y avait qu’à laisser faire le schismatique si de lui-même il quittait le pays… Ainsi dans l’heure où Léopold, sur une des pointes de la colline, priait Dieu en surveillant la maison éclairée de l’Oblat, celui-ci, entouré des vainqueurs, rendait grâce au ciel et, depuis la terrasse de Sion, cherchait à distinguer à travers l’espace les mouvements du réprouvé.

Je ne vais jamais à Vaudémont m’asseoir sur la ruine, auprès du cimetière, que je ne songe au fugitif contemplant la petite lumière de son ennemi dans son domaine perdu…

À l’aube, Léopold Baillard, non sans tourner la tête, s’éloigna sur la route de l’exil en jurant de revenir.