Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/283

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à déboucher sur un décor de vieilles pierres, sur quelque château entouré d’ifs taillés en boulingrins. En flânant, en rêvant, on gagne le Signal, le mamelon herbu qui marque le plus haut point de la colline.

Ici l’immense horizon imprévu, la griserie de l’air, le désir de retenir tant d’images si pures et si pacifiantes obligent à faire halte. C’est une des plus belles stations de ce pèlerinage. On passerait des heures à entendre le vent sur la friche, les appels lointains d’un laboureur à son attelage, un chant de coq, l’immense silence, puis une reprise du vent éternel. On regarde la plaine, ses mouvements puissants et paisibles, les ombres de velours que mettent les collines sur les terres labourées, le riche tapis des cultures aux couleurs variées. Aussi loin que se porte le regard, il ne voit que des ondulations : plans successifs qui ferment l’horizon ; routes qui courent et se croisent en suivant avec une mollesse les vallonnements du terrain ; champs incurvés ou bombés comme les raies qu’y dessinent les charrues. Et cette multitude de courbes, les plus aisées et les plus variées, ce motif indéfiniment repris qui meurt et qui renaît sans cesse, n’est-ce pas l’un des secrets de l’agrément, de la légèreté et de la paix du paysage.