Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/286

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naïvement que soit ici le lieu d’un grand épanouissement spirituel.

Qu’elle est charmante dans ses quatre saisons la colline bleuâtre ! Mais l’on s’ennuierait à la longue de cette solitude. Le cœur s’y gonfle d’air pur, mais reste sans mouvement, inactif, inerte ; il voudrait aimer, réprouver, agir. Cette nature toute seule nous communique mille sentiments qui ne savent que faire d’eux-mêmes dans ce désert. Il manque ici une présence, quelque forme qui incorpore les énergies de ce haut lieu. Où sont les fils de la colline ? Que deviennent les Baillard ? Au milieu de ces splendeurs physiques, pouvons-nous ne pas apercevoir François, si mince, à peine respirant, tapi dans le creux de Saxon ; et le regard de l’esprit peut-il ne pas chercher là-bas, dans le brouillard de la Tamise, Léopold assis sur la rive étrangère, qui récite inlassablement les psaumes de l’exil ? Les fontaines qui s’enfuient de ces pentes, où qu’elles aillent se perdre, participent de la colline qui les mit au jour. Les anciens donnaient le même nom, rendaient le même culte au sommet et à la source qui en sortait. Elle et lui ne formaient qu’un seul principe divin. Une force invincible unit toujours les Baillard à la montagne sainte. C’est assez pour que