Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/300

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tendait l’esprit éternel, maintenant que les disputes s’étaient tues.

Léopold resta longtemps auprès de l’église déserte à contempler son couvent ruiné. Les toits étaient effondrés, les portes brisées battaient sous la poussée du vent, les fenêtres manquaient de vitres, les pierres écroulées jonchaient le sol au milieu des ronces et des orties. Cette chère et sainte demeure, qu’il avait vue pendant une suite d’années toute pleine de richesse et de gloire, lui apparut, en cette soirée de juillet, silencieuse comme un sépulcre. Mais cette solitude, bien faite pour affliger son cœur, eut cet effet inattendu de surexciter son orgueil. Ces ruines désespérées affirmaient la grandeur de ses conceptions et l’injustice de son exil ; elles parlaient pour lui. Les années avaient passé sans qu’il fût remplacé. Chacune de ces pierres, en tombant, jetait un amer reproche à l’évêque de Nancy : « Vous nous avez prises à celui qui nous aimait, et vous ne savez rien faire de nous. Monseigneur, comme tout cela vous accuse ! »

Dans le grand jardin où il pénétra par une brèche du mur, c’était la même impression de désastre. Plus d’allées dessinées, plus une bordure de buis, plus une tuile sur les murs.