Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/310

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En même temps que le firmament prodiguait à la petite communauté de telles consolations, les pestes et les choléras faisaient rage. Le cercle de menaces et de promesses se resserrait autour de Sion. Et Léopold, vêtu de ses oripeaux d’évêque vintrasien, au milieu de son petit peuple épouvanté et ravi, alliait à sa figure très nette de visionnaire quelque chose d’un roi de la foire.

Il vivait au centre d’un royaume que son imagination agrandissait sans mesure. La colline de Sion en demeurait la ville sainte, et le vieux château d’Étreval y tenait lieu de forteresse.

Étreval est un des rares châteaux que les guerres du dix-septième siècle aient laissés à peu près intacts en Lorraine. Intact, c’est trop dire : il meurt ; mais cette fois les soldats de Richelieu n’y sont pour rien ; il s’effondre de vieillesse. Cette demi-ruine, ancienne résidence d’été des Bassompierre, encore charmante avec ses trois cours successives, avec ses linteaux de porte ouvragés et le joli encadrement de ses fenêtres, constitue aujourd’hui une petite cité agricole, où plusieurs familles de paysans se sont organisés des logis. M. Haye, de son vivant, avait été le personnage le plus important et, en quelque sorte,