Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/322

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faiteurs de Sion. Et maintenant ton esprit d’iniquité, d’un flot grossi, vient envahir la maison du Juste d’Etreval et souiller jusqu’ici les esprits consacrés par Vintras. Le doute m’environne, m’assaille et me flagelle. La Noire Marie, bien qu’elle fût l’instrument de grands desseins providentiels, a douté. Pour la purifier, le ciel a dû la livrer aux bêtes immondes, que seul j’ai chassées. Un doute gisait dans l’âme du plus juste des hommes et l’a fait périr, et j’ai vu aujourd’hui ce germe mortel se trahir, s’épanouir odieusement dans les actes et les propos de son malheureux petit-fils. Plus près de moi, le doute fait ses ravages. Ceux qui l’accueillent dans leur âme mourront. Que la hache se lève et s’abaisse à coups répétés ; elle m’ébranche, mais c’est pour que j’élance ma tête plus haut.

Aux accents de cette grande voix, il semblait qu’une clarté sépulcrale fût projetée sur un réprouvé. Tous s’écartaient de Quirin et de sœur Quirin. François se reculait dans l’ombre du lit. Son souffle fort et entrecoupé révélait un état d’émotion violente. Dans cette hypertension, les trois paysannes aux cheveux gris, aux épaules courbées, étaient prêtes à enfourcher le manche à balai, et par la cheminée, dans un tourbillon, à s’enfuir vers