Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/330

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comme Euphrasie se penchait, François lui dit avec son dernier sourire, où l’on crut voir un indicible mépris.

— C’est Gros-Jean… qui veut… en remontrer à son curé.

Puis il entra en agonie.

L’Oblat regagna sa cure plein de tristesse et se reprochant d’avoir été le mauvais champion de Dieu. Par légèreté, par imprudente confiance en soi-même, il avait oublié le charme puissant qu’il a plu au Créateur de laisser à Satan, et il n’avait pas su faire éclater aux yeux du pauvre abusé la force de la vérité. Toute la nuit, bourdonna à ses oreilles la plainte de cette âme qu’il n’avait pas su atteindre, qu’il avait laissée s’enfuir, opiniâtre et non réconciliée…

Les portes de l’église se fermèrent devant le cercueil du schismatique. Cette rigueur, conforme au droit canonique, fit un immense effet dans toute la population. Le jour de l’enterrement, sœur Euphrasie, navrée, humiliée à la pensée que l’homme qu’elle vénérait s’en irait au cimetière sans être accompagné de personne, alla trouver une vieille femme pauvre et lui offrit vingt francs pour suivre le convoi.

— Mes fils, ma famille ne me le pardonne-