Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/338

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quatre thèmes qu’il médite et qu’il nourrit des couleurs du ciel et de la plaine, mêlées avec tous ses chagrins.

Ces émotions, ces grandes symphonies d’un vaincu, s’il avait su les recueillir et leur donner l’expression musicale (qui, mieux qu’aucune autre, leur eût, semble-t-il, convenu), le vieillard aurait pu, comme faisait Beethoven en tête de ses partitions, mentionner les scènes réelles et les jours de sa vie d’où elles étaient sorties ; il aurait pu, comme le grand Allemand inscrivait « Souvenir de la vie champêtre », inscrire sur telle et telle rêverie « Village des ingrats vu par un jour de novembre » ou bien « Visite de l’exilé aux domaines dont il est dépouillé ». Léopold avait des dimanches pareils à Thérèse, d’autres pareils à son frère François, à Vintras, et des petits jours de mars qui rappelaient l’aigre Quirin. Les sentiments mystérieux qui s’éveillaient dans cette âme extravagante s’en allaient se mêler aux buées de la terre, des arbres, des villages lointains, des cieux chargés de neige. Oui, l’on imagine que, d’une telle matière morale et physique, Beethoven eût créé des symphonies, Delacroix des tableaux sublimes, et Hugo les poèmes bruissants de sa vieillesse. Mais il s’agit bien