Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/365

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comme des anges de miséricorde ! Tout ce qu’elles ont souffert depuis vingt ans semble trouver une issue, jaillit et réclame vengeance.

Par quel surprenant réveil, du fond de sa jeunesse, Marie-Anne Sellier retrouva-t-elle les vieux couplets, qu’ici-même, un soir de Noël, aux derniers temps de leur vie heureuse avait chantés sœur Thérèse ? C’est la joie de la vengeance, c’est l’odeur de la guerre, c’est la secousse quasi physique de l’incendie qui concourent à ranimer chez la paysanne cassée ces images des reîtres de jadis :

Basselles et pâtureaux,
........
Vite, au plus tôt, courez parmi les champs,
Pour ramasser nos troupeaux tout d’un temps,
Pour les faire retourner
Pendant que je ferai la sentinelle,
Car je suis pris
S’ils nous trouvent ici.

Ce dernier vers du refrain, qui dans le patois est bien autrement saisissant de peur et de narquoiserie mêlées :

Ca je serin pris
Si nous traurin toussi.

les deux sorcières les grommelaient, soulevées par une telle excitation qu’elles ne pouvaient pas tenir en place et qu’elles faisaient une danse autour de Léopold. Et