Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/378

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qu’il sait de grands secrets. Les dernières rêveries du moyen âge le rejoignent. Et lui, toujours pareil à lui-même, il reprend son éternelle songerie et son dialogue avec Dieu, Des années encore, son rêve bizarre va jaillir de son âme, monotone et régulier comme le bourdonnement d’une coquille d’œuf sur le jet d’eau d’un vieux jardin. Rien de la vie, pas même les appels de la mort, ne peut plus le distraire. Et pourtant, à coups redoublés, la destinée l’assaille.

C’est d’abord Quirin, Quirin l’infidèle, qui rend l’âme, dans l’hospice réservé aux vieux prêtres, à Rozières-aux-Salines, après une abjuration complète de la doctrine vintrasienne. Depuis longtemps on ne recevait de lui à Saxon que de vagues et lointaines nouvelles. Léopold a-t-il gardé de son cadet plus d’images que nous n’en possédons nous-mêmes ? Jusqu’à ces derniers temps, dans les séminaires lorrains, on avait coutume de raconter aux jeunes diacres l’histoire d’un prêtre, magnifiquement doué d’éloquence et d’intelligence, qui avait écouté les suggestions du démon de l’orgueil. À quel degré de misère était-il tombé ! Un jour, dans les rues de Nancy, on l’avait rencontré, vêtu d’une longue blouse et le fouet à la main,