Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/388

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Mais Léopold peu à peu reconnaissait Mme Haye, la petite-fille de son vieil ami, et près d’elle, dans ce cercle qui l’entourait, retrouvait, hommes faits et pères de famille, ceux qu’à cette même place, vingt-cinq années auparavant, il avait vus enfants. On les lui nommait, il s’attendrissait.

— Bonne dame, disait-il, voilà bien longtemps que je n’ai franchi le seuil de votre maison, mais je suis passé souvent près de votre cimetière, et je n’ai jamais manqué d’y entrer pour bénir les tombes des vôtres, la tombe de mon vieil ami, celle de la bonne maman, et vous savez, quand j’étends les mains, je délivre les pauvres âmes.

Cependant, la maîtresse de maison avait préparé une grande soupière de vin chaud. Elle en présenta un verre à Léopold. Il n’en but qu’un doigt, mais c’en fut assez pour le ranimer et pour le lancer plus avant. Maintenant, il ne lui suffisait plus d’avoir écarté de cette maison la colère du ciel, il voulait y apporter un bonheur miraculeux. Avisant un petit garçon qui se tenait dans un coin sombre avec un bandeau autour des joues, Léopold le prit dans ses bras et le regarda avec bienveillance.

— Mon fils, lui dit-il, tu ressembles au bon Monsieur Haye.