Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/389

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— C’est son arrière-petit-fils, lui dit-on, le petit fils de sa fille. Voilà deux jours qu’il a le mal d’oreilles.

Le vieillard s’attarda devant cette ravissante figure d’enfant, où revivaient, avec quelque chose de céleste, les traits du plus sûr de ses amis. Éprouva-t-il à cette heure le trouble d’une vieille âme qui ne se survivra dans aucune postérité ? Peut-être. Mais ce sentiment paternel, s’il exista dans son cœur, il l’exprima à sa manière bizarre et par un acte de pontife.

— Le Christ, dit-il, a donné à ses apôtres le pouvoir de guérir les malades, puisqu’il a dit : Super œgros manus imponent et bene habebunt. Attention, petit ! je vais te guérir.

À ces mots, l’enfant prit peur et se réfugia vivement dans les jupes de sa mère. Mais celle-ci lui dit tout bas à l’oreille d’écouter monsieur Baillard qui n’était pas méchant. L’enfant revint alors auprès de Léopold qui lui demanda pourquoi il s’était sauvé et ce que sa mère lui avait dit. Il le répéta naïvement. Le vieillard fut attendri de plaisir. Il embrassa l’enfant, lui imposa les mains, prononça la formule : Super œgros manus imponent et bene habebunt, et ajouta avec autorité en lui enlevant son bandeau :