Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/392

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du sentiment qui nous saisirait devant une assemblée infernale au fond des bois. Aucune pensée dans son esprit, aucune réflexion, rien qu’une attente anxieuse : il attend comme semble attendre le feu dansant de l’âtre. Impossible d’être plus en accord avec l’ombre qui bouge et avec le vent qui gémit, que ne l’est ce cœur palpitant dans cette poitrine de petit garçon épouvanté.

— Où t’a menée la vie, Thérèse ? poursuivait Léopold, Es-tu plus noble ou dégradée ? Dans l’ombre où tu m’échappes, ton regard cherche-t-il nos souvenirs ? Ton visage brillant, terni par l’âge, est-il tourné vers la colline de ta jeunesse et de ta sainteté ? Ô Thérèse, messagère de mon esprit, pareille à moi, mais plus légère, tu volais plus audacieusement. Ô ma prophétesse, souviens-toi des prairies où je t’ai menée et qu’avec la force d’un petit faucon soudain tu quittais et tu dominais, les ailes battantes et le gosier sonore…

L’accent de la voix communiquait à ces mots un irrésistible pouvoir. L’enfant n’entendait rien de ce que disait, de ce que chantait ce vieux nécromancien. Mais c’était une musique dont il possédait un pressentiment, c’était une réponse obscure aux pensées qui