Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/406

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


il l’aimait comme aucun de nous n’a fait ; il voulait y puiser sans mesure. Ce n’est pas le crime d’une âme vile. Nous ne devons pas le laisser à Satan, mon Père ; il faut le rendre au Christ qui m’en a donné la charge. Sauvez-moi en le sauvant.

Le jeune Oblat écoutait sans interrompre, et de toute son âme il croyait ce que lui disait ce mourant. Tout l’émouvait dans ce discours, et plus que les paroles, les vibrations de la voix entrecoupée, les yeux brillants, l’ardeur de ce pauvre corps soulevé d’enthousiasme religieux et de fièvre. Ces paroles du Père Aubry donnaient un sens aux extravagances de Léopold Baillard, à la fidélité de cette vieille Marie-Anne Sellier et de leurs pauvres adeptes, mais elles allaient bien plus loin dans la conscience du jeune Oblat. Elles y réveillaient quelque chose d’endormi et qui surgissait tout à coup, joyeux et fort, dans cette âme de lévite. Ces paroles lui donnaient une mission de prêtre.

— Mais comment m’y prendre, mon Père Quel moyen pratique ? demanda-t-il avec tout son cœur.

— Ah ! si nous les avions aimés, murmura le moribond.

Et après un silence :