Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/413

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larmes d’émotion et de bonheur qui l’étouffaient, ouvrit la porte de la cuisine pour annoncer aux Enfants du Carmel que monsieur Baillard s’était confessé. Ils en furent stupéfaits, mais ne cachèrent pas leur mécontentement.

— Ah ! dit Mme Mayeur, si vous n’aviez que du monde comme ça à convertir, vous seriez heureux ! Malgré sa maladie, il n’a pas manqué une seule fois de nous rassembler pour la prière. Quelques petites erreurs, oui, je ne dis pas, mais à part cela, quel saint !

L’Oblat ne s’en émut pas ; il avait hâte de remonter au couvent et d’y prendre toutes choses pour administrer le mourant.

Marie-Anne le suivit dans le corridor et lui dit :

— Nous sommes pauvres ; il me sera impossible de faire un grand enterrement comme on en fait pour les messieurs prêtres…

— Ma pauvre Marie-Anne, lui répondit-il, quittez ce souci, tout s’arrangera pour le mieux et vous serez contente.

Que lui importaient à cette heure l’opposition de ce pauvre petit monde égaré et les mesquins soucis de Marie-Anne ! Tout cela lui semblait si misérable auprès de ce sentiment de charité qui remplissait son cœur.