Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/423

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Le jour même, Marie-Anne monta au couvent et déclara aux oblats que M. Baillard avait exprimé le désir de reposer dans la tombe de François, qui avait été enterré civilement et par conséquent sans frais d’église. Quel était le sentiment de la vieille femme ? Était-ce avarice, désir de ne payer ni tombe ni service ? Les oblats l’ont cru. N’était-ce pas plutôt fidélité aux anciennes croyances de Léopold, désir de réunir les deux frères dans la mort ?

On l’écarta. Monseigneur donna pour mot d’ordre des funérailles : décence et simplicité. Le corps fut recouvert d’un linceul, comme c’est l’usage au pays de Sion. Sur ce drap blanc on avait semé des fleurs champêtres. Le cierge unique brûlait à la tête du lit. Bien peu de personnes allèrent prier auprès de cette pauvre dépouille. Et nul ecclésiastique ne s’en approcha, hormis le Père Cléach qui fit la levée du corps. Au long de cette rude montée, que tant de fois Léopold avait parcourue, la tête en feu et tout enivré par ses passions, une cinquantaine de villageois suivirent le cercueil. Combien d’entre eux portaient sous leurs vêtements une croix de grâce, une hostie de Vintras ? Les oblats n’osaient pas en faire le calcul. Au cimetière, sous le vent