Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/68

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terre d’Us un homme nommé Job ; cet homme était intègre, droit, craignant Dieu et éloigné du mal. Il lui naquit sept fils et trois filles et il possédait sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs, cinq cents ânesses et de nombreux domestiques…

Ces lignes éclatèrent en traits de feu sous ses yeux. Comme tous les détails du poème s’accordaient bien avec sa tragique aventure ! Cet homme d’Us, c’était lui. Cette prospérité du plus opulent des Orientaux, ç’avait été la sienne ; et poursuivant sa lecture il vit avec saisissement qu’il pouvait s’approprier tous les moments de ce poème éternel du juste persécuté. Comme Job, n’avait-il pas été riche, puis dénoncé, puis ruiné et enfin livré à la froide sagesse de ses collègues ? N’était-ce pas de lui qu’il avait été murmuré à l’évêché avec un âpre sentiment de jalousie : Vous avez béni l’œuvre de ses mains, et ses troupeaux se répandent de tous côtés sur la terre ? Oui bien, les Sœurs et les Frères de Sion s’étaient répandus à tous les coins de l’horizon, mais Dieu avait sacrifié son serviteur en disant : Je te livre tout ce qui lui appartient. Et successivement tous les messagers du malheur étaient venus le trouver. Sa puissante imagination les mettait tous d’une manière