Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/72

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jusque sur les bords du désespoir et le ramène au combat. Ces proses dans ces ténèbres accourent le frapper et le soulever comme des vagues. Mais si elles l’excitent, elles ne le disciplinent pas. Il demeure fermé à ce qu’il y a de meilleur dans l’office surnaturel qui s’accomplit là sous ses yeux et qui tend à faire régner un ordre souverain sur les parties les plus indomptées de l’âme. Pas plus que la paix de Bosserville n’a refroidi son cœur, cette grande image de discipline monastique ne l’invite à baisser la tête. C’est le contraire qui arrive. Et sur cette imagination trop frémissante, cette incomparable mise en œuvre de tout ce qui peut agir sur l’âme religieuse n’a pour effet que d’éveiller en lui sa nature humaine la plus profonde, l’homme de désir qu’il a toujours été.

Cœur gonflé, angoisse, douleur irradiée jusqu’aux parties les plus mornes et les plus obscures de l’être, prodigieux empoisonnement des amoureux déçus et des ambitieux trahis par le sort ! D’un coup de talon, du fond de l’abîme, Léopold veut remonter, retrouver l’air pur, l’espace libre, le vaste ciel, un nouveau destin, sa revanche. Léopold à cette minute, c’est le Mort dressé et sculpté par Ligier Richier pour servir d’affirmation