Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/73

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héroïque à ceux qui, plutôt que d’abdiquer l’espérance, nient les lois de la vie. Comme le squelette de Bar-le-Duc qui ne se rend pas, qui rejette son suaire, qui en appelle à Dieu contre la destruction, qui tend vers le ciel son cœur intact et toujours vif, Léopold s’écrie : « Vois mon cœur incorrompu, Seigneur ; juge-le, dis s’il mérite de vivre… »

À force de frapper, soutenu par l’enthousiasme et l’amour, à la porte de la compassion divine, Léopold l’allait voir s’ouvrir.

Est-ce l’aube déjà ou sa mémoire surexcitée qui lui fait distinguer vaguement sur les murailles, dans leurs grands cadres, les portraits des saints fondateurs d’ordre ? Ils sont là une dizaine : Ignace de Loyola, avec ses premiers compagnons ; saint Romuald, le fondateur des Camaldules : saint Bernard, favorisé d’une vision de la Vierge ; saint François d’Assise, instituteur des Frères Mineurs : saint Benoît au Mont-Cassin ; saint Nicolas Albergate, chartreux, quand il reçoit le chapeau de cardinal ; enfin saint Thomas d’Aquin, qui meurt dans l’abbaye de Fossa-Nova. Et parmi ces formes incertaines, celle que l’esprit de Léopold saisit pour ne plus s’en détacher, c’est l’image de sainte Roseline, des Religieuses Chartreusines, que le peintre a