Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/83

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la vaste clôture, le père Magloire montrant les terres, les vignes, la houblonnière, le petit bois de chêne où les religieux ont dressé une grande croix. Ces riches dépendances, ces cultures si bien protégées par des murs, ce personnel nombreux rappelaient au déchu sa ferme de Saxon. Le bon père Magloire sentait l’amertume de son compagnon, et il ne trouvait pas les mots nécessaires. Cependant, comme ils approchaient de l’étable, il insinua :

— On a causé de vous, Monsieur le Supérieur, dans toute la Lorraine.

L’autre répondit d’un coup de boutoir :

— Dans toute la Lorraine ! Que dites-vous ? Dans toute la France !… Mais il ne s’agit pas de moi, voyons vos nourrins.

Ils étaient arrivés en effet à la porcherie. Léopold regarda les bêtes sans bienveillance et dit durement :

— Je regrette que vos frères n’aient pas visité notre ferme de Saxon ; ils y auraient vu des étables…

Cependant les nourrins, qui avaient reconnu le bon Père, se pressaient autour de lui en reniflant, et la joie qu’il en tirait l’empêchait d’enregistrer ces paroles désagréables. Mais Léopold insistait :