Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/93

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qu’auraient pu lui représenter les étapes de ce voyage, sinon des images de sa vie passée, des quêtes fructueuses à Bar-le-Duc, Vitry, Château-Thierry, Meaux, à Paris même, à Évreux. Ce qu’il voudrait, sur l’impériale de la diligence qui le secoue le long des routes, c’est faire parler de Vintras celui-ci ou celui-là. Mais ce nom, la première fois qu’il le prononce, en traversant les plaines de Champagne, n’éveille même pas un regard d’étonnement dans les yeux du bourgeois, à figure pourtant fine, qu’il a choisi parce qu’il a su que c’était un professeur du collège de Reims allant prendre ses vacances dans un village normand.

— Oh ! vous savez, monsieur l’Abbé, lui répond le professeur, je respecte toutes les opinions, mais je suis un fils de Voltaire.

Il n’est pas plus heureux aux approches de Paris avec un commis voyageur en ornements d’église, un Marseillais qui a essayé aussitôt de lui placer un chemin de croix de la Société fondée en ce temps-là, — ô ironie ! — par Savary duc de Rovigo, Villemessant et Jules Barbey d’Aurevilly.

— Ça m’intéresse, donnez-moi donc l’adresse, monsieur l’Abbé. Il aurait peut-être besoin de quelques petites choses, ce monsieur Vintras.