Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/95

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La figure du prêtre normand exprima soudain l’horreur profonde et le dédain tout ensemble.

— Vintras ! dit-il. On vous a dit cela, et vous l’avez cru ! Vous ne savez donc pas que Monseigneur de Bayeux l’a fait condamner à cinq ans de prison pour escroquerie, et qu’il n’a été relâché que par le juif Crémieux, devenu ministre à la révolution ? Et pourquoi ? Pour lancer dans le diocèse un ennemi de l’Église, un instrument de Satan. Je ne vous engage pas à faire son éloge à Caen, monsieur l’Abbé ! On l’y a connu domestique.

— Notre-Seigneur, répondit Léopold, s’est bien servi des publicains. Ce qu’il a été n’importe pas.

— Mais ce qu’il est ? répliqua le chanoine. Un scandale vivant, qui d’ailleurs ne durera pas, quand un gouvernement d’ordre sera enfin revenu. Oh ! le coquin est adroit ; il joue la comédie de l’humilité et de la pauvreté ; il ne veut rien devoir qu’à son travail ; il a une petite place, soi-disant dans une fabrique de carton, que dirige un niais de ses amis. Mais il faut voir ce que sa seule présence, a fait de cette charmante petite ville normande de Tilly, infestée maintenant d’es-