Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/96

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crocs et d’aliénés comme lui. Il y a là un certain Charvaz, un malheureux, monsieur l’Abbé, curé de Montlouis, du diocèse de Tours, un interdit ; un certain Le Paraz, un interdit encore ; et des vieilles filles qui vont perdre là leurs quatre sous ; et des infirmes persuadés qu’ils vont être miraculés. C’est du vilain monde, allez, monsieur l’Abbé. Et tout cela spécule, vocifère, emprunte, ne paye pas ses dettes, blasphème, monsieur l’Abbé, blasphème toute la journée. Et le soir ! Le soir, il y a pis que les blasphèmes, dit-il en baissant la voix ; nous savons qu’il y a eu des sacrilèges. Enfin ! l’Église a connu ces tristesses dans tous les temps. Rappelez-vous les convulsionnaires de Saint-Médard. Peut-être compte-t-on parmi eux des âmes de bonne foi. Dieu leur fasse miséricorde !

La conversation tomba. Le prêtre normand observait son compagnon avec une curiosité méfiante maintenant. Visiblement, il était étonné de l’expression qu’avait prise la physionomie, si frappante déjà de Léopold, pendant qu’il lui donnait ces renseignements, et de l’espèce d’avidité avec laquelle il les avait écoutés, sans donner cependant aucun signe d’acquiescement. Comme il était arrivé au terme de sa route :