Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 4, 1922.djvu/134

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je trouve une rose rouge éternellement renouvelée. Elle est posée là comme par miracle.


LECHÂTELIER.

Les domestiques sont si désordonnés…


GRÂCE.

Tout, enfin, tout… Je sens votre présence, votre sollicitude m’entourer, me presser, m’obséder… C’est lâche. Quand j’ai accepté votre invitation, j’ai cru pouvoir le faire sans crainte. Je suis venue en toute sécurité. Je comptais pour la vie sur les paroles que vous aviez prononcées dans cette étrange visite, ignorée de tous, que vous m’avez faite à l’hôtel… D’ailleurs, vous savez que je ne suis venue qu’à contre-cœur, lorsque mon refus à cette invitation devenait inexplicable et blessant pour Suzanne… Et puis… et puis, vous savez bien aussi que la générosité que vous avez mise à pardonner la faute de Claude nous fait vos obligés pour toujours et…


LECHÂTELIER, (l’interrompant.)

Taisez-vous… Vous allez dire quelque chose d’affreux et même d’infâme, que je ne mérite pas… Pouvez-vous me reprocher quoi que ce soit, vraiment ? Vous ai-je offensée jamais d’un mot, d’un geste ?


GRÂCE.

C’est bien cela qui est le plus terrible !… Non, je ne peux pas vous reprocher le moindre manque de tact, la plus petite incartade… Vous êtes parfait… je vous dis que c’est insoutenable ! Pas un tort depuis trois semaines que nous vivons côte à