Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 4, 1922.djvu/135

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côte, mais votre silence mille fois pire, votre bonté muette, vos yeux baissés, un frôlement, votre absence elle-même, qui vient au moment opportun, toujours… et qui laisse des traces… Oh ! si j’avais deviné le réseau qui allait m’être tendu, jour par jour, heure par heure, je vous jure que je ne serais pas venue, coûte que coûte, quand bien même Suzanne eût dû comprendre la raison de mon refus… Je vous en prie, cessez, cessez… si vous ne voulez pas que je parte demain… Pour Suzanne, je fais bonne contenance, mais c’est insoutenable, je vous assure… Voilà… Et, maintenant que vous êtes bien convaincu que rien ne m’échappe de vos manœuvres, soyez satisfait… et faites-vous pardonner votre lassante perfection.


LECHÂTELIER.

Comme c’est méchant ce que vous dites ! Vous savez bien que je n’ai en moi aucun des dessous que vous me prêtez… Mais vous ne pouvez pas m’empêcher, moi, pourtant, de vous aimer silencieusement, respectueusement… Qu’ai-je fait ?… Laissez-moi cette joie peu compromettante et plus douce que vous ne sauriez l’imaginer… Ah ! tenez, pourquoi avez-vous dérangé en moi cette espèce de parfum dormant… qui était si agréable ?… Vous n’auriez dû rien dire, rien me reprocher…


GRÂCE.

C’est vrai… J’aurais dû partir en silence…


LECHÂTELIER.

Partir ?