Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/232

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


à la lettre notre pacte et notre programme ? Rappelez-vous vos propres mots : « Un suicide à deux, un suicide de joie et d’amour !… » Eh bien, allons plus avant encore !… je suis prêt !…


THYRA.

Peine perdue ! Le suicide pour un seul, oui !… Alors que je me consume, la vie entre en vous à pleins flots… Vous n’avez rien à redouter de moi, allez ! je réponds de vous ! Il se passe ceci que je suscite la joie, le plaisir, la volupté, toutes les richesses de la vie, je les ai appelées… nous nous les sommes payées… et c’est vous seul qui en profitez !


LIGNIÈRES.

Ne départagez pas votre bonheur !


PHILIPPE.

L’heure des comptes serait-elle venue !


THYRA.

Sache-le, Philippe, le plaisir, la joie, la volupté n’ont pas le même sens pour ceux qui vont mourir ou pour ceux qui restent !… Sache que ç’a été chez moi sans cesse une volupté triste, toujours terrifiée. Pour toi l’heure de vivre commence. Chaque volupté, chaque plaisir, t’ont fait plus conscient, plus dispos, plus apte à la vie. Moi, ils me laissent plus morte, plus désespérée !


PHILIPPE.

Nous y voilà !…


THYRA.

De ce suicide-là, vous sortez vainqueur. Ah ! l’atroce course à deux que la nôtre !… Atalante, Atalante, comme dit l’inscription de votre bateau. Oui, Atalante éperdue, et qui vous a laissé tous les fruits d’or qu’elle n’a pas ramassés pour elle !…