Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 8, 1922.djvu/117

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chercher un verre ? Ça n’a d’ailleurs aucun rapport…

(Elle fait de la main un geste vague d’excuse.)

MAURICE.

Mais comment donc !

(Maurice passe dans la salle à manger dont la porte reste ouverte. Elle se tasse vivement contre un des battants de la porte et derrière le rideau de cretonne, dont elle s’enveloppe presque.)

NELLIE, (la main froissant le rideau.)

Ne rentrez pas ! Je vais vous dire quelque chose à travers la porte, et puis nous n’en reparlerons jamais plus. Seulement, j’ai très bien senti que je n’aurais pas le courage de vous le dire face à face… Oh ! ce n’est pas nouveau, allez ! C’est ce que je vous ai dit par lettre. Seulement, je voulais que vous l’entendiez… ici… de ma propre voix, près de vous… dans la solitude… Je voulais vous dire cela, qu’il y a plus de trois ans que je pense à vous… que je ne pense qu’à vous… que je vous ai aimé infiniment. J’ai commencé petite… peu à peu… vous avez eu toutes mes pensées de jeune fille… de vraie jeune fille… Et c’est pour ça que je suis venue vous donner un grand adieu… de tout mon cœur. Voilà. Oh ! ce n’était pas grand’chose !… Je vous remercie tout de même d’avoir accepté une entrevue qui m’aura permis cette audace… À présent, vous allez rentrer ; nous parlerons de tout ce que vous voudrez, mais vous ne me ferez pas une allusion, pas une, n’est-ce pas ? à ce que je viens d’avoir le courage de vous dire, car je vous jure qu’il faut pas mal de courage ! (Elle s’arrête comme exténuée et soulagée.) Maintenant, vous pouvez rentrer.

(Et, de dos à la porte, elle se dirige à pas lents vers la table. Un temps.)