Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 8, 1922.djvu/125

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rière nos parents, sans qu’ils le sachent, parce que songez comme ils seraient furieux s’ils pouvaient deviner !… J’en ris de plaisir !


MAURICE.

Et moi donc ! (Ils rient aux éclats comme des enfants en escapade. Puis, plus sérieux.) Nos enfances ont pensé l’une à l’autre !… Nous avons eu les mêmes chambres solitaires, les mêmes confidents… et, vraiment, cette petite intimité soudaine en cachette, c’est assez drôle et non sans charme ! Nous nous serons connus, un peu interrogés, plus et mieux que par des lettres ou des sourires… une minute et, pfutt ! fini… envolés !… Vous mariée et moi casé. (Les mains dans l’entournure du gilet, fièrement.) Oui… je vais entrer dans une maison d’automobiles… Je garderai, en tout cas, Mademoiselle, un souvenir exquis de cette journée qui ne se renouvellera pas, où nous aurons pu nous apprécier avant de devenir les ennemis que nous deviendrons sans doute un jour… un jour très proche…


NELLIE, (étonnée.)

Pourquoi des ennemis ?


MAURICE.

J’en ai le pressentiment, j’en ai même comme qui dirait la certitude !… Ce n’est pas nous qui l’aurons désiré… mais cette haine de maison viendra peut-être de quelqu’un qui vous est proche…


NELLIE, (hochant la tête.)

Mon père ?


MAURICE, (vivement.)

Oh ! ne parlons pas d’eux, surtout ! Peut-être n’êtes-vous pas bien au courant de ce qui se