Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 8, 1922.djvu/138

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MAURICE.

Ah ! le voyou !…


LIANE, (progressivement, des hoquets lui montent à la gorge, d’abord doux, puis rauques, plaintifs.)

Non… non… c’est trop ! On m’en a trop fait ! J’en ai assez ! Je n’en peux plus… (Elle égratigne le cuir du canapé, elle tape avec rage.) Ah ! tous… tous… ce qu’ils m’ont fait avec leur muflerie, leur cynisme ! Je les vomis… Je les hais, tous ces hommes !… Du premier au dernier ! (Dans un cri de désespoir.) Mais celui-là, en qui j’avais tellement foi, une confiance aveugle, folle !… Comme les autres !… Ah ! ah !… Ce que je les aurai entendus, leurs supplications, leurs ricanements, leurs injures et leurs tendresses… leurs sales baisers et leurs pleurnicheries : « Console-moi, j’ai de la peine ! » (Subitement, elle hurle.) Tas de salauds !… Tas de salauds !…

(Et, sans plus s’inquiéter de son fils, toute sa rancœur s’exhale en une longue plainte haineuse.)

MAURICE, (effaré, ne sachant plus où donner de la tête.)

Je t’en supplie, maman, je t’en supplie ! Ne te laisse pas aller !…


LIANE, (le repoussant.)

Laisse-moi… Ça me fait du bien… Je voudrais crier, je voudrais crier plus fort… Je voudrais qu’ils soient tous là… Ah ! si j’avais au moins une fille, belle comme toi, une fille à laquelle j’aurais pu léguer mon expérience et à qui j’aurais dit : « Fais-les souffrir… Sois rosse… Pas de pitié. Ne te laisse pas prendre comme ta mère… Venge-nous… Garde leur argent, laisse leur cœur, et tâche de mourir jeune pour qu’ils n’aient même pas la joie de te voir crever !… »