Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 8, 1922.djvu/141

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sin… je n’avais pas de parents ! Rien sur la terre… Ah !

(Et le geste envoie promener là-bas l’automne, le printemps, la banlieue, la jeunesse.)

MAURICE, (avec une hésitation nouvelle, mais se décidant à parler.)

Maman… Ce n’est pas le moment de te poser une question pareille, évidemment… mais enfin, nous avons si peu parlé intimement dans notre existence !… Une question… peux-tu y répondre ? (Tout bas.) Mon père ? Je sais bien… qui c’était… mais que faisait-il ?…


LIANE, (arrêtée net dans sa douleur, hésite à son tour, puis brusquement.)

Que t’importe, Maurice ! Puisque tu parles d’amour, contente-toi de savoir que tu es né d’un beau moment d’amour ! Contente-toi d’être beau, sain et robuste. Dis-toi que tu portes mes vingt ans sur ton front et laisse-moi pleurer, laisse-moi pleurer toute ma vie ratée… tous les mensonges de la vie… toute la boue dont on m’a couverte… Elle se rejette la face dans les coussins.


MAURICE, (passe la main sur son front et avec résolution.)

Oui… plus de passé ! Il ne faut plus réfléchir au passé ! Mais, par exemple, accroche-toi au présent et de toute ta force ! Ne te laisse pas faire… Lutte ! Il ne faut pas qu’il te sente découragée tout de suite, du premier coup. Tu aurais dû monter ! tu aurais dû faire du bruit chez lui. Lui as-tu téléphoné ?


LIANE.

Non. À quoi bon ?