Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 8, 1922.djvu/145

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voir que c’est une manœuvre. Il veut mettre quelques jours, quelques heures de répit, entre votre dernière explication et celle qui va suivre. Peut-être vaut-il mieux accepter ce silence… Tout homme qui rompt emploie de ces moyens-là. Voyons, maman, tu le sais bien. Rappelle-toi, il y a deux ans, il avait essayé. C’est de la façade, c’est du chiqué. Dans quelques jours, passées les craintes du bruit que tu pourrais faire et qui le gênerait dans ses affaires officielles ou autres… Voyons, maman, réponds. Oh ! il n’y a pas à répondre, je sais bien. Enfin, ne fais pas ces yeux-là ! Dis quelque chose. Ah ! c’est désolant, c’est affreux de te voir ainsi ! Je te croyais plus de résistance. Entends-tu seulement ce que je te dis ? Je t’assure que je le pense, je t’assure que j’en suis très convaincu. Pour moi, c’est du bluff, regarde-moi. (Il lui tourne la tête vers lui.) Je n’aime pas ces yeux fixes ! Je préfère cent fois quand tu pleures, maman ! Ah ! je ne peux pas te laisser seule dans cet état. Tu ne rentreras pas chez toi ainsi… J’ai en bas un camarade qui m’attend, à qui j’avais donné rendez-vous. Je l’ai prié de patienter. Je vais le faire prévenir par la bonne que nous nous reverrons plus tard, ou qu’il s’en aille, à sa guise… Je ne veux pas te laisser ainsi… Une minute.

(Il sort, après lui avoir de la main caressé les cheveux. Liane est restée les yeux fixes, immobile, atone. Dès qu’il est passé dans l’antichambre, elle se lève, furtive, prend son sac d’or, et rapidement, dans un élan, elle va vers la porte de la salle à manger. Elle y entre et on l’entend refermer la porte à clé. C’est une porte à petits carreaux, avec des brise-bise.)

MAURICE, (rentrant.)

Voilà ! C’est fait ! Je suis maintenant tout à toi !… Où es-tu ? (Il jette un coup d’oeil sur le bal-