Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 8, 1922.djvu/163

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MAURICE, (l’interrompant.)

Ou une crapule, une terrible crapule !… Vous m’avez donné le choix… Serai-je une crapule ? Qui sait ? Peut-être… Qui peut savoir ?… Personne… C’est la vie qui nous l’apprendra !… (Il pousse encore un soupir, puis, d’un mouvement rageur, autoritaire et sec, il avance les deux chaises contre la table maintenant apprêtée.) En attendant, allons-y ! On verra après ! Plus de préoccupations, envoyons promener tous les embêtements ! En avant ! Beaucoup de lumières !


NELLIE.

Beaucoup !…

(Elle pose un candélabre sur la table.)

MAURICE.

Asseyez-vous là… superbe ! Qu’est-ce qui vous manque ?… Ne sommes-nous pas cent fois mieux que dans un infect caboulot quelconque ?… On se dirait en plein été… Qu’est-ce qui manque, dis-je ?… Des fleurs ?… Allons donc !… en voici !… Des fleurs, comme s’il en pleuvait !… (Il saisit dans le gramophone le bouquet de roses de tout à l’heure ; il les éparpille facétieusement, sur la table.) Voilà,… sur la table, sur vous ! (Il en jette un peu partout.) par terre !… (Il en écrase dans les cheveux blonds de la petite, il en éparpille sur sa jupe, sur les assiettes. Gagnée, elle se risque à rire.) Quoi encore ?… les tziganes ?… Oh ! nous avons mieux que ça !… À nous, l’Italie !… À nous, Caruso !… (Il va au gramophone et le déclanche. Le gramophone se met à hurler.) Ça y est ! En avant la musique !… Piango, Paillacci !… (Il appelle, en tapant dans ses mains.) Garçon, servez ! (Il prend un plat et le passant au bout du poing.) Tenez, piquez-moi d’abord une tranche de ce jambon de Yorkshire. C’est une recette du duc de